Le guide de l'école La Croisée des Chemins : GarantCadre

retour à la page Les questions et difficultés rencontrées dans le quotidien de l'école

Comment être garant du cadre quand on est membre de l'équipe ?



Texte présent dans la charte des membres de l’équipe :

« Je m'engage à être garant de la Loi française, du Règlement de l'association ainsi que du Règlement de l'école auprès de mes collègues, auprès des familles, des jeunes, des personnes que nous sommes amenés à rencontrer.
Concrètement, si une règle est enfreinte et que j'en suis témoin ou que j'en prends connaissance, je m'engage à demander de manière systématique une médiation ou une réunion dans le cadre d'un Cercle restauratif – ou encore à nommer la sanction immédiate décidée en Assemblée. »

Arguments :


Systématique : Intervenir en fonction de sa sensibilité personnelle nous met à la place pas très juste d'être celui ou celle qui tolère ou intervient pour mettre une limite, en fonction de critères qui échappent totalement à l'enfant et rend à ses yeux totalement arbitraire le comportement de l'adulte – et rend du coup caduque la notion de règle de l'école égale pour tous (adultes/enfants).

Pourquoi avoir recours à une institution (médiation ou Cérès) :
A ce moment, notre intention n’est pas :
+ de forcer l’enfant à modifier son comportement de façon immédiate (= le faire obéir),
+ de jouer sur une manipulation affective par la récompense ou la menace (s’il te plaît fais-moi plaisir / attention je vais me fâcher) pour le persuader de modifier son comportement,
+ de le juger, le culpabiliser par des reproches (t’es fou ou quoi ! / arrête tes conneries),
+ de laisser faire sans intervenir parce qu’on ne se sent pas affecté personnellement, et ainsi se désolidariser de l’intérêt collectif,
+ de rompre le lien ici et maintenant en reportant le traitement du problème à plus tard.

L’intention est de donner suite à l’infraction pour que le franchissement de la limite soit nommé sur le moment auprès des personnes présentes, et pour se donner l’occasion d’un dialogue conduisant à une compréhension mutuelle, une auto-responsabilisation, et une évolution positive dans le futur.
La manière de le faire (sans hostilité) est donc importante pour partager cette intention.

Nommer la sanction immédiate décidée en Assemblée :
Lorsque le règlement le prévoit, il est possible de donner suite sur le moment.

Nommer seulement ? Est-ce que je peux exiger la mise en œuvre de cette sanction ?
Non, car il ne s’agit pas de ma volonté personnelle que l’enfant fasse ce que je lui demande ; il s’agit de se faire porte-parole de la volonté collective exprimée par une décision d’Assemblée.
Si l’enfant ne veut pas faire ce qui est prévu dans ce cas, soit qu’il n’en a pas envie, soit qu’il n’estime pas avoir enfreint la règle, alors on revient au cas de figure précédent : demander une médiation, et si elle n’est pas possible, un Cérès.

Questions :


- L’usage protecteur de la force n’est pas identifié dans le texte de la charte.
Il y a des situations où être garant du cadre suppose une action immédiate.
  • > Faut-il modifier le texte pour le préciser ?
« ou encore à nommer la sanction immédiate décidée en Assemblée, et, s’il m’apparaît nécessaire de protéger, à intervenir sur le moment de la façon me semblant appropriée. »

- Est-ce que ce principe « garant du cadre » exclut toute autre manière de se positionner face à une situation d’infraction ?
  • > Non
Par exemple,
- dire son ressenti personnel ;
- exprimer de l’empathie ;
- entrer en contact de façon ludique ;
- identifier un besoin et proposer une activité ;
- expliquer la règle si je pense que l’enfant ne la connaît pas ;
- rappeler la règle pour vérifier si l’enfant l’enfreint de façon délibérée ;

  • > Comment être à la fois garant du cadre et centré sur la personne :

La règle, ce n’est pas juste une limite. C’est une limite motivée.
Il est important de donner du sens aux contraintes (ce qui est permis, possible ou non) en formulant le besoin collectif à laquelle il répond dans le contexte de l’école.

Ex : Il n’est pas permis de crier dans l’école parce que nous voulons préserver la tranquillité de chacun-e qui partage cet espace.
Ainsi, je peux prendre conscience que parfois moi aussi j’ai besoin de tranquillité et que je souhaite que les autres respectent ce besoin.
Je peux aussi m’adapter à d’autres contextes, par l’appréciation de ce besoin.

Un certain nombre de règles n’explicitent pas le-s besoin-s auxquels elles répondent : c’est une piste d’amélioration du règlement pour lequel les médiations et Cérès peuvent être utiles, car on peut y prendre le temps de nommer des besoins insatisfaits, quand la règle n’est pas respectée, et transformer cela en proposition de amélioration de la règle.

Les difficultés rencontrées :


Infractions mineures
Les infractions peuvent varier beaucoup au niveau de la gravité de leurs effets sur autrui. Pour certaines infractions considérées comme mineures dans leurs effets, si une conséquence immédiate n’est pas prévue, l’énergie et le temps que demande une médiation ou un Cérès peuvent sembler inadaptés / trop importants et finalement non prioritaire par rapport à d’autres tâches. Par exemple, usage d’un mot grossier par énervement.

  • > Proposition de solutions :
A l’occasion de la médiation ou du Cérès, parler de cette impression de perdre son temps et dans le plan d’action, prévoir l’élaboration d’une proposition en Assemblée de manière à définir une conséquence plus adaptée et d’application immédiate (par exemple, s’excuser si j’ai mal parlé).
Ou bien anticiper en passant en revue toutes les règles existantes qui génèrent cette difficulté.

Incertitude et complexité
En situation, on peut avoir des incertitudes sur le fait qu’une règle ait été enfreinte ou non.
La situation peut être complexe, avec de nombreuses personnes impliquées.
Il peut y avoir des divergences d’interprétation d’une règle ou loi, ou une méconnaissance, et parfois le texte de la règle ou de la loi n’est pas facilement accessible pour vérification (règlement pas à jour / situation vécue en dehors de l’école).
On peut ne pas savoir par qui la règle a été enfreinte ou bien l’attribuer par erreur à quelqu’un.

  • > Proposition de solutions :
- Dialogue en situation : parler de son questionnement ; interroger le ressenti et la perception des autres dans la situation ; faire une réunion d’urgence avec celles-ceux qui se sentent concernés.

- Information : aller chercher le règlement de l’école et lire les passages concernés, pour soi-même et/ou pour les autres. Amener une version du règlement en sortie. Faire des recherches sur le site Legifrance.

- Faire confiance au processus du Cérès : préparé individuellement en avant-cercle, cela donne un moment pour explorer la complexité de la situation, mettre plus de clarté sur les motivations de chacun-e. Utiliser le coussin de la communauté pour parler au nom de l’intérêt collectif, dire la règle.

Frustration
On peut être frustré de ne pas avoir d’effet immédiat sur la situation et de reporter la résolution du problème à plus tard, avec des effets incertains.
Cette frustration est aussi vécue par les enfants et nous avons alors à nous positionner avec cela : seulement les écouter ou bien essayer d’agir pour défendre leurs droits ?

  • > Proposition de solutions :
- J’accepte de ne pas avoir de contrôle sur l’évolution des étudiant-e-s, nous persévérons simplement dans ce que nous avons à faire. Et par exemple, sur le moment, j’accorde de l’attention aux personnes lésées par le comportement d’un-e autre.

- Si je perçois un danger immédiat, j’interviens de mon mieux pour protéger, même si la situation n’est pas abordée dans le règlement. On pourra toujours en reparler plus tard. Mieux vaut en faire un peu trop que de laisser un accident arriver.

- Si c’est nécessaire pour la communauté, j’interviens sur le moment pour faire ce qu’un-e autre n’a pas voulu faire (ex : ranger à sa place) et ainsi donner l’exemple de l’engagement pour l’intérêt collectif.

- Si le problème est récurrent, j’en discute en réunion d’équipe et/ou en Assemblée pour analyser les causes et imaginer de nouvelles solutions. Un groupe de réflexion peut être mis en place au besoin.

- Si un-e étudiant-e fait de façon récurrente des infractions similaires, du fait d’une difficulté personnelle, nous définissons dans le plan d’action du Cérès quoi faire à chaque fois qu’il recommencerait : pour éviter la charge de refaire un Cérès à chaque fois et rendre la conséquence prévisible, comprise, individualisée, tout en restant compatible avec le principe d’égalité de droit du règlement de l’école.

Fuite
On peut se retrouver face à une attitude d’évitement du dialogue (je m’en fiche et je ne viens pas au Cérès) et donc une difficulté à élaborer un plan d’action.

  • > Proposition de solutions :
- J’accepte que ce n’est pas facile d’assumer sa responsabilité, d’autant plus quand on a eu l’habitude de relations sociales basées sur la domination/soumission. Il faut du temps pour reprendre confiance en soi et en les autres. Je renonce à ce que l’étudiant-e atteigne un résultat rapide. Je ne prends pas ces expressions de méfiance à titre personnel, ni comme un signe d’échec pour le fonctionnement de l’école (règles / processus du Cérès).

- Si des participant-e-s au Cérès ont besoin de reparler avec cette personne pour faire la paix, rétablir la connexion, on peut décider dans le plan d’action d’une discussion ou d’une activité à 2, dans un autre cadre que celui du Cérès. Le fait d’avoir pu soi-même avoir été entendu par les autres lors du Cérès facilitera la reprise de la communication.

- Disposer d’un référentiel de conséquences adaptées et progressives en fonction de la gravité de l’infraction. Le plan d’action peut être personnalisé seulement si les personnes concernées s’impliquent dans le processus pour résoudre ensemble le problème. Sinon, aucune créativité n’est requise : des décisions prévisibles et motivées offrent un sentiment de sécurité et de justice aux membres de la communauté.

Contraintes de mise en œuvre
Le fait de faire des demandes de médiation / Cérès peut entrer en conflit avec d’autres tâches quotidiennes ou activités prévues (devoir s’interrompre).
Temps limité chaque jour (13h à 14h), manque d’un lieu calme pour s’installer.
Fatigue ou indisponibilité des facilitateurs de Cérès.
Absence de certaines personnes invitées du fait des plannings des membres de l’équipe.
Pas assez de personnes formées et à l’aise dans le rôle de médiateur.
Difficultés à suivre les décisions prises et vérifier leur mise en œuvre.

  • > Proposition de solutions :

- Tous les jours, une salle réservée de 13h à 14h.
- Fiche individuelle dans le classeur Cérès sur laquelle reporter les décisions du plan d’action qu’ils doivent réaliser.


La communauté est débordée par certains étudiants

- Le cadre, ce sont aussi les locaux. De nombreuses difficultés relationnelles et dans le comportement (bruit, etc.) découlent des besoins insatisfaits à cause de l’espace confiné de l’école (intérieur/extérieur). Il faut en tenir compte.

- Proposer une réunion lors d'une situation de crise pour s'occuper du problème ensemble sur le moment :
  • essayer d'identifier la source des comportements perturbateurs (qu'essaye-t-il/elle de faire ? qu'est-ce qu'il/elle vit ?)
  • comment les membres de la communauté peuvent aider cet enfant à trouver sa place ?
Cela avait été fructueux lors d'un voyage scolaire.